VIDEO. Le rapporteur de la commission d’enquête sur la gestion du coronavirus pointe le « mystère » du retard des décisions après l’alerte donnée « précocement »


« L’alerte a bien été donnée dans notre pays au mois de janvier, c’est-à-dire très précocement », a assuré mercredi 16 septembre sur franceinfo Bernard Jomier, rapporteur de la commission d’enquête du Sénat sur la gestion du Covid-19, sénateur écologiste apparenté PS. Il explique qu’ensuite, « le rythme des décisions » a été « extrêmement lent ».

franceinfo : Après deux mois d’auditions, est-ce que vous commencez à y voir un peu plus clair sur ce qui n’a pas fonctionné en France ?

Bernard Jomier : Oui, effectivement parce qu’on a commencé par auditionner les acteurs de terrain qui étaient en première ligne, et puis, progressivement, des responsables. Et ce dont on s’est rendu compte, c’est que l’alerte a bien été donnée dans notre pays au mois de janvier, c’est à dire très précocement. Agnès Buzyn dit qu’elle a alerté les plus hautes autorités de l’État et, manifestement, elle dit la vérité puisqu’on a constaté, par exemple, que dans certaines régions, des réunions de crise étaient organisées sur la question de l’arrivée du virus dans les régions concernées. Au niveau national, le ministère et les agences étaient en alerte. Ensuite, c’est le mystère. Durant le mois de février, on voit que le rythme des décisions a été extrêmement lent et c’est clair sur la question des masques, c’est clair sur la question des tests.

Comme tous les pays, nous avons reçu le 10 janvier la carte d’identité du virus qui permet de préparer et de fabriquer industriellement le test. L’Institut Pasteur l’a préparé mais la fabrication industrielle ne s’est pas enclenchée. 

Bernard Jomier, rapporteur de la commission d’enquête du Sénat sur la gestion du Covid-19

à franceinfo

Est-ce que le fait qu’on ait changé de ministre de la Santé à ce moment-là, a pu gripper la machine ?

Il y a sans doute des explications conjoncturelles de cet ordre-là. On va interroger les ministres, notamment sur cette question, puisqu’on les auditionne. Il y a probablement aussi des explications plus profondes dans ce défaut de réactivité. Nous n’étions pas prêts. Notre dispositif de santé publique n’était pas prêt. Ce qui est très marquant, c’est que, en France, on a une Agence nationale santé publique, un Haut comité de santé publique, une Haute autorité de santé, une Conférence nationale de santé. Et quand la crise est arrivée, une crise de santé publique, aucune de ces instances n’a été mise en situation de pilotage et le chef de l’État a créé une nouvelle instance. C’est quand même le signe que nous n’étions pas prêts.

Mardi, le professeur Didier Raoult était entendu. Il continue de défendre bec et ongles l’usage de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19, vous lui avez fait remarquer que la liste des pays qui déconseillent ou interdisent aujourd’hui cette molécule ne cesse de s’allonger. Il vous a répondu « Que chacun fasse son métier »….

Notre objet n’est pas le débat scientifique. Nous sommes une commission d’enquête, dont l’objet est de savoir, en l’occurrence, s’il y a eu entrave au fait qu’un traitement efficace soit délivré aux malades. C’est ça la vraie question. Nous souhaitions organiser un débat entre le professeur Raoult, qui est un acteur important de cette crise, et d’autres scientifiques. Il a refusé. Et c’est extrêmement dommageable, justement parce que nous ne sommes pas une assemblée d’expertise scientifique. Ce qu’a démontré ce débat, c’est qu’il n’y a pas d’indices sérieux qu’il y ait eu quelque entrave que ce soit à un traitement efficace. Et c’est heureux parce que moi, j’aurais aimé que l’hydroxychloroquine soit LE traitement efficace du Covid-19 et malheureusement, ça ne l’est pas. Et la plupart des pays abandonnent maintenant ce traitement.

Le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy a reconnu mardi devant votre commission avoir des regrets sur les Ehpad, qu’il avait sans doute surestimé les capacités des maisons de retraites à affronter cette épidémie. Aujourd’hui, ces mêmes Ehpad sont prêts ?

Non. En 2003, avec la canicule, les personnes âgées sont mortes de déshydratation dans nos Ehpad. 17 ans après, elles sont décédées du Covid, de l’isolement et de rupture des chaînes de soins. Et ça, ça dit clairement qu’il faut qu’on revoie la façon dont on considère les personnes âgées. Les propositions seront dans notre rapport qui sera remis en décembre.



Source France Info

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