« Plus on atteindra l’immunité collective, moins on aura besoin de cette 3e dose », affirme un immunologiste



« La question d’une troisième dose se pose surtout pour les patients immunodéprimés ou pour les personnes très âgées », a estimé sur franceinfo mardi 3 août Matthieu Mahévas, immunologiste à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil et à l’institut Necker Enfants Malades à Paris. En Israël, une campagne de rappel a commencé, tandis que l’Allemagne l’envisage également. En France, elle est recommandée seulement pour les personnes immunodéprimées et pour les personnes âgées vaccinées en janvier et février. Mais, souligne-t-il, « l’urgence en France c’est d’avancer la vaccination pour obtenir une immunité collective et se concentrer sur les personnes âgées et atteintes de comorbidités ». « Plus on sera vacciné, plus on atteindra l’immunité collective, moins on aura besoin de cette troisième dose », explique-t-il.

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franceinfo : Pourquoi certains pays font-ils le choix d’une troisième injection contre le Covid-19 ?

Matthieu Mahévas : Il faut commencer par comprendre à quoi peut servir une troisième dose. Le système immunitaire est une mécanique complexe qui nous défend contre les pathogènes et contre le coronavirus. Il est composé de cellules qui sécrètent des anticorps. Ces anticorps nous protègent mais ils diminuent avec le temps pour atteindre un plateau. En plus de cela, il y a les cellules du système immunitaire qui ont la capacité de se réactiver si elles sont stimulées. Ces cellules sont capables de s’améliorer au cours du temps contre un pathogène. Après la vaccination, le système immunitaire nous protège et empêche dans la majorité des cas de faire des formes graves y compris face au variant.

Faut-il mettre en place cette troisième dose en France, pour qui et quand ? Par exemple, savons-nous jusqu’à quand seront protégés les seniors qui ont été vaccinés en janvier ou février 2021 ?

On a identifié que les cellules qui sécrètent les anticorps sont dans la moelle osseuse pour la majorité des patients vaccinés. On sait que cela va durer au moins huit mois, peut-être un an. Au-delà on ne peut pas dire. La question d’une troisième dose se pose surtout pour les patients immunodéprimés ou pour les personnes très âgées, pour lesquelles le système immunitaire fonctionne moins bien. Une troisième dose éviterait des formes graves, qui vont saturer l’hôpital. Cette question se pose aussi pour les patients très à risque, qui pourraient faire des formes graves et qui ont besoin d’un niveau de protection plus élevé.

« L’avis du professeur Fischer de la recommander chez des personnes âgées ou atteintes de comorbidités est raisonnable et cela devrait avoir lieu en septembre ou en octobre cette année. »

Matthieu Mahévas, immunologiste

à franceinfo

Pour la population générale c’est difficile de répondre parce qu’on navigue à vue avec cette épidémie. Nous connaissons un début de quatrième vague avec le variant Delta et les données scientifiques s’accumulent pour savoir quelle est la protection due au vaccin. Pour l’instant les signaux sont rassurants car les vaccins protègent contre les formes graves du variant Delta. Mais cela va dépendre du contexte épidémique, de la circulation virale et de notre capacité collective à être vacciné. Plus on sera vacciné, plus on atteindra l’immunité collective, moins on aura besoin de cette troisième dose.

L’Allemagne recommande une troisième injection avec un vaccin ARN messager pour les personnes ayant reçu un vaccin à vecteur viral. La France pourrait-elle envisager la même chose ?

Les données sur les vaccins ARN montrent qu’ils sont extrêmement efficaces sur le variant initial et sur le variant Delta à 88 %. L’AstraZenneca est un peu moins efficace, à 67 %. Au-delà de six mois, chez les patients qui ont un système immunitaire moins performant, le fait de booster avec un ARN messager va permettre de restaurer l’efficacité contre le variant Delta, dans un contexte de circulation virale forte. L’urgence en France c’est d’avancer la vaccination pour obtenir une immunité collective et se concentrer sur les personnes âgées et atteintes de comorbidités.



Source France Info

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