la France « à la traîne », les laboratoires à la manoeuvre


Un plan de cannabis.
Un plan de cannabis. (MIGUEL MEDINA / AFP)

L’essai est très attendu par certaines entreprises car le marché pourrait s’avérer juteux. Des patients vont bientôt bénéficier de médicaments à base de cannabis. Cette expérimentation a été rendue possible par un amendement d’Olivier Véran lorsqu’il était député, en octobre 2019. L’essai devait commencer dès le premier semestre 2020 mais a été retardé en raison de l’épidémie de Covid-19.

L’ANSM a finalement lancé un appel d’offre en octobre 2020 pour sélectionner les laboratoires français et étrangers, l’essai va donc pouvoir commencer « avant le 31 mars 2021 ». Pour le moment, l’expérimentation encadrée par l’Agence du médicament ne concerne que 3 000 patients qui souffrent de douleurs liées à la sclérose en plaque ou au cancer. Mais à terme, le marché pourrait représenter près d’un million de Français.

Les laboratoires se positionnent donc, à l’image d’Ethypharm. Son rôle est de distribuer les médicaments venus de l’étranger. « Un des objectifs des autorités de santé est de tester le circuit de distribution jusqu’aux pharmacies de ville, pas uniquement en milieu hospitalier, explique Jean Monin, directeur des opérations commerciales à Ethypharm. On va voir comment la distribution se fait. On est des experts de la distribution de médicaments contrôlés en France. On va essayer de surveiller tous les signaux de pharmacovigilance, ensuite les autorités vont recueillir les données cliniques pour analyser l’impact et les bénéfices de ce cannabis médical auprès de cette population sélectionnée dans des indications précises. »

Ces médicaments sous forme d’huiles ou de gélules vont être fournis gratuitement. Donc pour le moment évidemment, il n’y a pas d’enjeu financier. Car l’espoir pour ces laboratoires, c’est que la législation française soit assouplie. Ce serait logique selon Jean Monin : « Il y a un vrai intérêt thérapeutique pour les patients qui ont des douleurs réfractaires aux traitements actuels. Il faut conduire à un marché réglementé du cannabis médical, donc une légalisation du cannabis médical. Je crois qu’on y arrive petit à petit, mais on fait cela de façon très structurée en France. » Les médicaments utilisés pour cet essai, qui va durer deux ans, ne sont pas fabriqués en France puisque la loi interdit pour l’instant la fabrication. Les laboratoires français sont associés à des producteurs canadiens, australiens ou israéliens.

Pourtant, il y a bien des sociétés françaises spécialisées dans la recherche sur le cannabis thérapeutique et qui assurent être en mesure de fabriquer des remèdes. Par exemple, il y a le laboratoire DelleD mais pour son fondateur, Franck Milone, la France a pris du retard.

La France est à la traîne sur beaucoup de sujets. Elle s’active quand elle a quelques wagons de train qui sont passés.

Franck Milone

à franceinfo

« C’est très bien de parler de start-up nation il faut aussi adopter des stratégies ou des modèles américains, poursuit Franck Milone. Il faut que le cannabis thérapeutique soit un vrai sujet d’innovation, un vrai sujet de recherche et de développement. » En attendant, DelleD poursuit  ses recherches de son côté à Angers avec l’espoir que la fabrication de médicaments à base de cannabis soit un jour autorisée.

Surtout que la France a un atout : elle dispose de la matière première. C’est même le premier producteur européen de chanvre, c’est-à-dire du cannabis quasiment dépourvu de THC, la fameuse substance psychoactive. La plante est utilisée dans le textile, le bâtiment, l’automobile ou les cosmétiques. Mais les agriculteurs pourraient planter d’autres variétés adaptées à l’usage thérapeutique. Et tout est prêt, assure Aurélien Delecroix, cultivateur en Corrèze et président du syndicat du chanvre : « Cela pourrait aller relativement vite, sachant que l’on sait que parmi nos membres il y a des acteurs pour qui tout est prêt : les plans d’investissement, les infrastructures, etc. »

Tout a été déjà étudié donc il faudrait moins d’un an pour que certains soient en capacité de produire. Nous attendons la fin de l’expérimentation et la délivrance d’autorisations de culture à des acteurs nationaux.

Aurélien Delecroix

à franceinfo

Ces professionnels du secteur peuvent désormais compter sur le soutien de députés de la majorité présidentielle qui, dans un rapport rendu en septembre dernier, dénoncent le retard pris par la France dans ce domaine.



Source France Info

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