en Suisse, un laboratoire se prépare aux pandémies de demain


Spiez, en Suisse alémanique, est une petite ville charmante au bord d’un lac, avec des vaches, des montagnes enneigées tout autour, un décor de carte postale… et à côté, un laboratoire. Alors qu’une nouvelle vague de Covid-19 balaye l’Europe, au laboratoire de Spiez, l’Organisation mondiale de la Santé se prépare à affronter les pandémies de demain. Un laboratoire ultra-sécurisé qui va devenir une « bibliothèque » des coronavirus et virus les plus dangereux du monde.

Le grand public ne le connaît pas mais depuis des années c’est le laboratoire de référence des Nations Unies. Il est l’un des premiers à avoir détecté l’accident nucléaire de Tchernobyl, le premier à avoir apporté la preuve que Bachar Al-Assad larguait du gaz sarin sur sa population en Syrie. Plus récemment, les chercheurs de Spiez ont également identifié la substance qui avait empoisonné l’ancien espion russe Sergueï Skripal en Angleterre, le Novitchok.

C’est aussi un laboratoire où sont stockés les virus les plus dangereux du monde, de niveau P3 et P4, explique Olivier Engler, le responsable du groupe Recherche et analyse d’agents hautement pathogènes. « Dans le P4 nous avons Ebola, le virus Marburg, le virus Lassa, le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. Dans le P3, la fièvre jaune, le West Nile, le hantavirus », détaille-t-il. Sans oublier l’anthrax et la peste. Côté coronavirus, le laboratoire a déjà aussi une belle collection : ceux qui ont sévi ces quinze dernières années, le Sars-CoV-1, Mers-CoV et celui qui est à l’origine de la pandémie actuelle, le Sars-CoV-2, et plusieurs de ses variants.

Sous la houlette de l’Organisation mondiale de la Santé, cette collection va bientôt s’enrichir avec les futurs variants les plus dangereux et les plus contagieux. Le virus mute régulièrement. Tous les pays volontaires pourront donc les envoyer ici, à Spiez, dans cette future banque de coronavirus, cette future « bibliothèque de virus ». Le but est de pouvoir fournir rapidement à des scientifiques de confiance du monde entier soit la séquence génétique d’un virus (sa carte d’identité), soit carrément un échantillon de ce virus. L’OMS a tiré les leçons de la pandémie actuelle.

Vue de la ville de Spiez, en Suisse. (SOLENNE LE HEN / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Au début, il y a presque deux ans, tous les laboratoires du monde essayaient désespérément de récupérer auprès des Chinois un échantillon du Sars-CoV-2. Les chercheurs y ont perdu du temps, raconte Olivier Engler. « Le transport, l’échange entre différents instituts étaient assez difficiles. Il y a souvent des obstacles administratifs », se souvient le responsable du groupe Recherche et analyse d’agents hautement pathogènes. « L’idée c’est de vraiment mettre en place un système pour rapidement échanger », insiste-t-il.

« Si on peut déjà tout organiser d’avance, on peut accélérer la recherche du traitement, la recherche du vaccin et aussi surtout le développement de nouvelles méthodes de diagnostic, c’était aussi très important au commencement de la pandémie. »

Olivier Engler, responsable du groupe Recherche et analyse d’agents hautement pathogènes

à franceinfo

Tous les échantillons de virus seront stockés ici, au cœur du laboratoire. « Vous pouvez voir deux de nos congélateurs à -80 degrés, des petits flacons de 500 microlitres par échantillon », nous montre Olivier Engler. Autant de virus réunis en un seul laboratoire, c’est aussi une sécurité importante. Sur la question, les responsables suisses restent discrets. « On a beaucoup de mécanismes de sécurité, je ne vais pas rentrer dans les détails. On a vraiment une sécurité très élevée ici », explique Olivier Engler. Le bâtiment peut d’ailleurs résister aux tremblements de terre.

Vue de l'intérieur du laboratoire de Spiez, en Suisse.  (@Spiez labo)

Mais quid si un virus venait à sortir du laboratoire, avec un chercheur contaminé par erreur par exemple ? C’est l’une des hypothèses émises pour l’apparition du Sars-CoV-2 à Wuhan en Chine. À Spiez, les scientifiques doivent respecter de nombreuses étapes pour entrer et sortir du laboratoire, explique Andreas Bucher, porte-parole de l’office fédéral suisse pour la protection de la population, dont dépend ce laboratoire. « Il faut à peu près 30 minutes pour entrer dans le laboratoire et encore 30 à 40 minutes pour sortir. Tout ce système de s’habiller, de se déshabiller, de prendre une douche chimique, c’est vraiment très formalisé », assure-t-il. 

« Le laboratoire Spiez a presque 100 ans, on travaille avec des agents très très dangereux depuis 100 ans et nous n’avons jamais eu d’accident grave.

Andreas Bucher, porte-parole de l’office fédéral suisse pour la protection de la population

à franceinfo

D’ici quelques années, l’OMS espère labelliser d’autres laboratoires de référence tels que celui de Spiez, avec à terme un laboratoire sur chaque continent.



Source France Info

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