des associations de patients pointent une stratégie vaccinale incompréhensible et estiment que « c’est une honte »



Il leur faudra normalement attendre la dernière étape de la stratégie vaccinale, prévue au troisième trimestre 2021, pour se faire vacciner contre le Covid-19. Les patients en insuffisance rénale ou atteints de cancer, ainsi que les personnes souffrant d’obésité ou encore de diabète font partie des publics prioritaires car ils présentent un facteur de comorbidité listé par la Haute Autorité de santé (HAS). Mais des derniers publics prioritaires.

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« C’est une honte », tonne Agnès Maurin, directrice et co-fondatrice de la Ligue contre l’obésité. La responsable ne cache pas sa déception. Elle avait cru comprendre, selon les dires de Jean Castex, que les personnes vulnérables, de par leur âge ou leur maladie, seraient vaccinées en février, lors de la deuxième étape de la stratégie de vaccination.

Le Premier ministre avait expliqué lors de la présentation de la stratégie vaccinale française à l’Assemblée nationale, le 16 décembre, que « dans un deuxième temps (…) le cercle des populations vaccinées » serait élargi « au fur et à mesure des approvisionnements, en commençant par les près de 14 millions de personnes présentant un facteur de risque lié à leur âge ou une pathologie chronique ». 

Pourtant, selon le calendrier vaccinal affiché par la suite, les personnes présentant un facteur de risque comme l’obésité et étant âgées de moins de 65 ans figurent dans la troisième étape du déroulé, confirme à franceinfo la direction générale de la santé (DGS). « Comment peut-on attendre tant de temps pour les vacciner ?, s’exclame Agnès Maurin. Ce n’est pas possible, il faut immédiatement revoir la stratégie vaccinale. » 

Si l’équipe de la Ligue contre l’obésité a pu se tromper, c’est que le calendrier a été modifié à plusieurs reprises. Les soignants, pompiers et aides à domicile de plus de 50 ans ou présentant une comorbidité ont ainsi été ajoutés à la phase 1 de vaccination, tout comme les personnes en situation de handicap âgées de 50 ans ou plus ou présentant une comorbidité et résidant dans des établissements spécialisés. « Personne n’y plus comprend rien parce que ça change tout le temps », regrette Jean-François Thébaut, vice-président de la Fédération française des diabétiques.

Cet ancien cardiologue retraité, lui même à risque, estime que les déclarations des autorités sanitaires se sont dégradées depuis le lancement de la campagne : « Au début la communication était claire, on avait une priorisation bien définie (…), maintenant tout a changé. Nous, on est submergés de questions par téléphone et par mail. Les gens ne comprennent plus quand ils pourront se faire vacciner », explique-t-il. Les difficultés logistiques sont scrutées et inquiètent quant à un report éventuel de l’ouverture de la vaccination prévue, déjà tardive et floue. « Il y a une très grosse angoisse au niveau des patients, rapporte-t-il. On n’a pratiquement aucune remontée d’inquiétudes liées au vaccin. Les gens sont plus inquiets de ne pas pouvoir se faire vacciner, ou d’être vaccinés en retard ». 

Les dates avancées dépendent de la capacité des autorités sanitaires à s’approvisionner et à distribuer les doses tant attendues de vaccins : au 13 janvier, 247 000 personnes avaient reçu une première dose de vaccin contre le Covid-19 depuis le lancement de la campagne, selon le bilan quotidien de la DGS. Le premier objectif du gouvernement, qui consistait à vacciner un million de personnes avant la fin janvier, n’a pas encore été atteint que les phases 1 et 2 ont été revues.

Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer, ne se laisse lui pas perturber par ces revirements et atermoiements. Une seule chose le préoccupe : l’ouverture de la vaccination aux « personnes atteintes de cancer sous polychimiothérapie et immunodéprimées ». Et sa prise de position a porté ses fruits, affirme-t-il auprès de franceinfo. « C’est quelque chose qui a été reconnu par Alain Fischer et plus ou moins acté, je crois », se réjouit-il. Des sociétés d’oncologie et des associations de patients se sont mobilisées pour faire passer le message aux autorités sanitaires : les malades de cancer « sont exposés à un risque majeur de complications graves » et doivent pour cette raison être vaccinés en priorité, argumentait Jean-Yves Blay, président d’Unicancer, le 13 janvier au micro de franceinfo.

Des modifications du calendrier pourraient également être apportées pour prendre en charge plus tôt les personnes atteintes de « certaines maladies spécifiques », comme « la trisomie 21 », avance Agnès Bourdon-Busin, administratrice d’APF France Handicap et de France Assos Santé, qui échange sur ces questions avec le ministère de la Santé. « On peut crier au loup, mais c’est compliqué, car on est dans un contexte de pénurie », explique-t-elle. Chaque association cherche à défendre ses adhérents : « On essaie d’argumenter et d’évaluer le risque exact. L’idée, c’est que pour le même risque identifié, on puisse avoir la même chance d’être vacciné », explique-t-elle. Les résultats d’études scientifiques spécifiques sont ainsi scrutés afin de déterminer quel est le pourcentage de risque pour chaque personne, en fonction de ses comorbidités, de son âge et donc de développer une forme grave de Covid-19.

Chaque association essaie de faire valoir sa cause et de faire pencher la balance en sa faveur, mais c’est la question logistique qui finit par trancher les dilemmes, explique Agnès Bourdon-Busin. Une bonne chose, selon Jean-François Thébaut : « On ne va pas faire une hiérarchie du plus mourant ! On ne va pas se battre entre patients pour savoir qui doit être vacciné en premier », espère l’ancien médecin. Mieux vaut concentrer ses efforts à améliorer la logistique de la campagne vaccinale. 

Mais la pilule est difficile à avaler pour les patients, qui voient leurs espoirs de revenir à une vie normale s’éloigner. « Déjà, ce n’est pas simple de vivre normalement avec ces pathologies, alors imaginez avec la pandémie ! Ils partent au travail avec la boule au ventre, on leur a enlevé leur certificat d’isolement, ils n’ont presque plus accès au chômage partiel, le télétravail diminue et en plus on ne les vaccine pas. Ce n’est pas la triple, c’est la quadruple peine ! », tempête Agnès Maurin, de la Ligue contre l’obésité.  Elle souligne le manque de compréhensibilité des mesures : « C’est absurde car la vulnérabilité est intégrée dans la phase 1 pour un certain nombre de personnes, mais pas pour les autres ? Un pompier ayant une comorbidité aurait plus de risque qu’une institutrice ? Expliquez-moi pourquoi ! » 

Pour rappel, les comorbidités identifiées par la HAS comme à risque avéré comprennent plusieurs pathologies, dont l’obésité, « particulièrement chez les plus jeunes », le diabète de type 1 et de type 2, les insuffissances rénales chroniques, les cancer de moins de trois ans ou encore la trisomie 21. La liste détaillée est accessible sur le site de l’Assurance-maladie. 



Source France Info

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