comment l’approche territoriale du confinement s’est finalement imposée en France métropolitaine


Avis aux vacanciers ! Evitez Nice et ses alentours, qui seront confinés lors des deux derniers week-ends de février. Ainsi en a décidé le gouvernement, pour éviter que les allées et venues des touristes n’accroissent encore l’épidémie de Covid-19 dans les Alpes-Maritimes. Car la métropole niçoise affiche un taux d’incidence plus de trois fois supérieur à la moyenne nationale, avec 700 nouveaux cas positifs sur une semaine pour 100 000 habitantsCette flambée vaut à la ville (ainsi qu’à une soixantaine d’autres communes du littoral) d’étrenner une nouvelle mesure : le « confinement localisé » – une première en métropole. Rétrospective de plusieurs mesures tentées au niveau local par l’exécutif, depuis la sortie du confinement du printemps 2020.

Juin 2020 : le Conseil scientifique prône les confinements localisés

Dans une note publiée le 2 juin 2020 à la sortie du premier confinement, le Conseil scientifique sur le Covid-19 listait différents scénarios pour éviter une reprise de l’épidémie. Et il estimait alors qu’« un confinement localisé [devait] être envisagé » quand sont identifiés des « clusters critiques ». « En effet, écrivait-il, il est impératif de contrôler la circulation du virus et de limiter le nombre de cas exportés à partir du cluster critique identifié. »

« Ce confinement localisé devra consister principalement à limiter la circulation des individus résidant dans le territoire identifié, de renforcer de façon importante les mesures barrières dans ce territoire tout en maintenant une activité à l’exclusion de celle des lieux de convivialité. »

Le Conseil scientifique

dans un avis publié le 2 juin 2020

La définition d’un « cluster critique », soulignait encore le Conseil scientifique, doit reposer sur un ensemble d’indicateurs, et notamment le taux « d’incidence dans la commune où se situe l’épicentre du cluster ». « A titre indicatif, les chiffres habituellement retenus notamment à l’étranger sont 50 cas pour 100 000 habitants/semaine dans la zone concernée », relevait encore l’instance. 

Le 27 juillet, dans une autre note, le Conseil scientifique enfonçait le clou. « L’enjeu des ’20 grandes métropoles’, dans lesquelles les risques de propagation du virus sont importants », est essentiel, écrivait-il. « Un ‘confinement local’ plus ou moins important en fonction de l’épidémie doit faire l’objet d’une préparation dans ces zones à forte densité de population. »

Juin 2020 : le gouvernement teste le couvre-feu en Guyane

Néanmoins, le gouvernement a pris très tôt des mesures localisées. Dès la sortie du confinement, au printemps 2020, il décide ainsi de fortes restrictions en Guyane, où il craint que les structures hospitalières soient rapidement submergées. En juin, le couvre-feu est renforcé en ville, avec interdiction de sortir en semaine de 17 heures à 5 heures du matin, y compris pour faire ses courses ou du sport. Ce couvre-feu sera progressivement assoupli, mais non aboli, avec un effet visible sur la circulation du virus, selon Clara de Bort, la directrice de l‘Agence régionale de santé de Guyane.

« Le couvre-feu a réduit immédiatement d’un tiers la circulation du virus et ça a eu un effet immédiat, c’est-à-dire que le jour même du couvre-feu, vous commencez à être efficace. Vous arrêtez tout de suite la circulation du virus et donc la part de gens qui vont tomber malades. »

Clara de Bort

à franceinfo

Septembre 2020 : la fermeture des bars à Marseille provoque un tollé

En revanche, en métropole, les restrictions sont considérablement allégées pendant l’été, alors que l’épidémie repart à bas bruit. Fin septembre, les chiffres sont ainsi alarmants dans la métropole Aix-Marseille, considérée comme zone d’« alerte maximale », avec un taux d’incidence supérieur à 250 cas hebdomadaires pour 100 000 habitants. Le gouvernement décide alors la fermeture totale pour deux semaines des bars et des restaurants à Aix et Marseille, du 28 septembre au 11 octobre. Une mesure qui suscite un tollé des patrons de bars, des restaurateurs et des élus locaux qui tentent un recours collectif en référé-liberté contre cette décision gouvernementale jugée mal étayée. Le recours est rejeté par le tribunal administratif de Marseille, mais il convainc le gouvernement d’être plus prudent pour que les mesures n’apparaissent pas comme discriminatoires.

Octobre 2020 : l’exécutif établit des couvre-feux dans plusieurs grandes villes

Le 14 octobre, Emmanuel Macron s’appuie ainsi sur des « indicateurs dépassés ou en dépassement » (un taux d’incidence élevé, des capacités hospitalières en voie de saturation…) pour décréter un couvre-feu de quatre semaines au moins pour la région Ile-de-France et huit métropoles, à partir du 17 octobre. Les habitants de la capitale et des métropoles de Lille, Grenoble, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Toulouse et Saint-Etienne se voient interdire de sortir entre 21 heures et 6 heures du matin. 

Le 22 octobre, la mesure est étendue à 54 départements et à la Polynésie française. Cette carte montre alors une France morcelée entre départements orange (où s’applique le couvre-feu) et gris (où il ne s’applique pas).

Les départements concernés par le couvre-feu au 22 octobre 2020. (FRANCEINFO)

Moins d’une semaine plus tard, mercredi 28 octobre, à 20 heures, Emmanuel Macron annonce qu’à compter du vendredi 30 octobre à minuit, la France se reconfine pour une durée minimum d’un mois. Les mesures locales ont cédé le pas à une restriction généralisée, sur tout le territoire.

Février 2021 : Mayotte est à nouveau confinée

L’apparition des variants dits britannique, sud-africain et brésilien, encore plus contagieux, rebat les cartes de la lutte contre le Covid-19. Ainsi, à la fin du mois de janvier, trois communes de l’île de Mayotte – Bouéni, Pamandzi et Dzaoudzi Labattoir – sont à nouveau confinées « du fait de l’observation de taux d’incidence particulièrement élevés ». Tous les commerces sont fermés à l’exception des commerces alimentaires et des pharmacies et les déplacements y sont interdits.

Quelques jours plus tard, le 4 février, le ministère des Outre-mers décide « d’étendre le confinement à l’ensemble du territoire mahorais (…) pour une durée de trois semaines ». Cette fois, « les écoles et établissements scolaires seront fermés, en raison du nombre de cas très importants détectés chez les jeunes, à la différence de l’Hexagone et qui s’explique sans doute par la forte circulation du variant 20H/501Y« , justifie encore le ministère dans son communiqué.

Février 2021 : un confinement local et sur le littoral urbain des Alpes-Maritimes

Mi-février, le préfet de Moselle estime que les mesures sanitaires dans le département sont « suffisantes », alors même que plusieurs élus demandaient un confinement local « de courte durée ». Finalement, c’est dans les Alpes-Maritimes que cette mesure est prise pour la première fois en métropole, mais seulement pour 63 communes du littoral et pour les deux derniers week-ends de février. Ce confinement partiel sera-t-il suffisant pour circonscrire la progression du variant identifié au Royaume-Uni ? Il était en tout cas « nécessaire », a estimé mardi 22 février sur franceinfo Olivier Guérin, membre du Conseil scientifique sur le Covid-19 et professeur de gériatrie au CHU de Nice.

« Cette approche territorialisée devant l’augmentation du pourcentage du variant anglais, et sa surcontagiosité qui est à l’origine de ces flambées, est une bonne approche. Effectivement, il est possible que le modèle des Alpes-Maritimes puisse être reproduit ailleurs. Je pense en particulier à nos collègues de Dunkerque. »

Olivier Guérin

à franceinfo

De son côté, Vittoria Colizza, épidémiologiste et directrice de recherche à l’Inserm, a estimé mardi 23 février sur France Inter qu’il faudra « imposer des mesures de plus en plus fortes » si la part du variant britannique continue d’augmenter parmi les cas de Covid-19 en France.



Source France Info

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