comme les autres aéroports français, Roissy-Charles-de-Gaulle toujours en plein trou d’air


Le nombre de passagers a chuté de 81% entre début mars et fin août en France à cause de l’épidémie de coronavirus, et les aéroports parisiens et régionaux n’ont pas connu la reprise espérée au mois d’août.

Silence sur les pistes… À Roissy-Charles-de-Gaulle, en cette mi-septembre, on entend plus les camions que les avions. Habituellement, l’aéroport donne l’impression d’une fourmilière, avec des avions à touche-touche sur les pistes, des véhicules de service de toutes tailles et toutes formes qui circulent dans tous les sens. Un vrai ballet mécanique. Là, un seul tracteur de piste passe devant nous. Et il faut parfois attendre une dizaine de minutes mercredi pour voir passer un avion. « C’est une ville fantôme, s’étonne encore Christian Fromy, agent d’Aéroports de Paris depuis 20 ans. Quand on est à l’extérieur, franchement, c’est très impressionnant. On a l’impression d’être dans une ville déserte. » 

Après le confinement en raison de l’épidémie de coronavirus, le rebond espéré dans les aéroports français au mois d’août n’a pas eu lieu, notamment sur les liaisons internationales. Selon les chiffres de l’Union des Aéroports français dévoilés mercredi 16 septembre par franceinfo, le nombre de passagers a chuté de 81%, entre le 1er mars et la fin du mois d’août 2020 par rapport à la même période l’an dernier. Ce sont les grands aéroports, ceux qui dépendent des vols internationaux, qui sont les plus touchés, à commencer par le plus grand d’entre eux : Paris-Charles-de-Gaulle, à Roissy.

En un coup d’œil, dans l’un des terminaux, Christian Fromy relève les détails les plus parlants. « Habituellement, quand on regarde les tableaux d’affichage, ça commence à 12h30 pour celui-ci, raconte-t-il en désignant l’un d’eux, et là, en bas du tableau, c’est 14 heures ou 15 heures… Vous avez des vols jusqu’à 20h30, c’est vraiment très peu. »

Un terminal d'arrivée vide à l'aéroport Paris-Charles de Gaulle à Roissy, le 15 septembre 2020.
Un terminal d’arrivée vide à l’aéroport Paris-Charles de Gaulle à Roissy, le 15 septembre 2020. (GRÉGOIRE LECALOT / RADIO FRANCE)

À côté du tapis à bagages, autour duquel tout le monde se bouscule en temps normal, seul résonne le grincement des tapis. Quelques rares valises tournent sans aucun passager pour les revendiquer. Seuls les terminaux 2E, 2F, A et C sont ouverts. « Quatre terminaux ouverts sur huit », soupire Christian Fromy en regardant les serpentins de barrière vides devant les filtres de police. Devant les guérites, il n’y a que deux voyageurs. En temps normal, on entend parler toutes les langues à Roissy mais le panel de nationalités s’est réduit. Les Américains et les Chinois, par exemple, sont quasiment absents.   

Les salariés, eux, sont au chômage partiel et trouvent le temps long. Par exemple, les bagagistes sont passés de quasiment 500 vols par jour à traiter avant la crise à une quarantaine. Ils travaillent trois jours par mois. Chez Aéroports de Paris, jusqu’à 70 % des salariés ont été au chômage partiel. Et les négociations pour un accord longue durée ont commencé, ce qui n’empêche pas un plan de départs, annoncé par la direction. Il va se traduire par 700 suppressions de postes sur 6 300 salariés.

Joël Dumontet de la CFE-CGC, le premier syndicat d’ADP, ne cache pas son inquiétude. Le modèle économique de Roissy, basé sur les correspondances à l’international, est frappé en plein cœur par la fermeture des frontières et les restrictions aux voyageurs. Une mise à l’arrêt violente après la croissance continue de ces dernières années. « Le trafic qu’on a en ce moment représente 20 à 25% du trafic ordinaire, explique le syndicaliste. Il y a six mois, on ne l’aurait pas cru ! Roissy, compte tenu de la fermeture des frontières, a beaucoup de mal à redémarrer. »

Une autre condition c’est de rétablir la confiance auprès des passagers pour qu’ils puissent reprendre l’avion. Tout ça n’augure pas une reprise rapide.Joël Dumontet, CFE-CGC

Cette situation économique difficile provoque une tension sociale croissante dans l’entreprise. Le plan prévoit de réduire les coûts en s’attaquant aux acquis sociaux, ce qui passe très mal auprès de salariés habitués à une croissance annoncée comme continue, après une année 2019 record pour le trafic aérien. Les investissements prévus sont également compromis. ADP comptait sur la construction d’un terminal 4 à Roissy pour accélérer sa croissance. Le projet est au mieux repoussé, voire en partie remis en question. Sans parler du volet financier avec le projet de privatisation d’ADP qui est oublié, du moins, pour le moment.

Et Roissy, ce n’est pas qu’Aéroports de Paris. Il y a 700 entreprises qui y prospèrent habituellement, et emploient 90 000 personnes. Les boutiques et les restaurants installés dans l’aéroport profitent des millions de passagers qui y transitent (76 millions l’an dernier). Depuis la crise, c’est un véritable marasme. Certains cafés sont fermés, les autres ont du mal. « On a perdu 70% de nos clients, explique une gérante d’un restaurant. On a 60% de nos effectifs qui sont au chômage partiel, dont l’avenir est incertain. » 

On dort mal, on se demande si on va rester ouvert demain. Est-ce qu’il y aura des licenciements ? En tant que mère de famille je m’inquiète tous les jours.Une restauratrice

L’organisme international IATA ne voit pas le trafic aérien revenir à son niveau d’avant la crise avant au moins 2024. D’ici là, certaines entreprises sont menacées et l’aéroport de Roissy risque de décrocher de ses concurrents européens, Londres, Amsterdam, Munich, Francfort, qui chercheront eux aussi à profiter de la lente renaissance du trafic pour renforcer leur poids comme pôles de correspondances internationales.

La situation n’est pas plus reluisante pour les aéroports régionaux. Ils sont pour l’instant moins touchés, mais tout de même plombés par l’effondrement du trafic.
Même s’ils comptent moins sur les vols internationaux, la question de la survie de certains aéroports peut se poser. « C’est possible qu’il y ait beaucoup de casse », confie Thomas Juin, président de l’association des aéroports français. « Il faut savoir que les aéroports régionaux sont axés sur le trafic France-Europe, où c’est complètement désorganisé. Il n’y a plus la confiance pour voyager et c’est vraiment une situation qui nous handicape tous les jours », ajoute-t-il.

Thomas Juin craint aussi la concurrence entre les aéroports européens. Dans les mois à venir, les compagnies vont réduire leurs réseaux pour faire des économies. Les aéroports français pourraient bien perdre un certain nombre de liaisons.

Le trou d’air des aéroports français : écoutez le reportage de Grégoire Lecalot



Source France Info

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